Le changement climatique, révélateur des vulnérabilités territoriales ? : Action publique locale et perceptions des inégalités écologiques

Résumé : Objectifs et problématique de la recherche Le projet porte sur la prise en compte à l’échelle locale des vulnérabilités liées au changement climatique. D’un point de vue théorique, il s’agit de questionner la capacité de la thématique du changement climatique comme objet de recherche à renouveler la question de la vulnérabilité des espaces et des inégalités territoriales. La recherche se focalise sur la mise à l’agenda du « problème climat » à l’échelle locale. Cela revient à appréhender la vulnérabilité territoriale comme facteur de mise en politique locale du problème climat. Comment les acteurs locaux se saisissent et traduisent cet enjeu global en des mesures territorialisées? Le volet « adaptation » des politiques climatiques locales est appréhendé comme une action de gestion des vulnérabilités qu’entraîne le changement climatique sur les territoires, susceptible de renforcer les situations d’inégalités. Trois hypothèses sous-tendent ce travail : -Le changement climatique met-il en lumière des vulnérabilités différenciées des territoires ? -Les territoires les plus menacés par les effets annoncés du changement climatique, c'est-à-dire les plus vulnérables, sont-ils les plus à même d’intégrer ces risques dans leurs politiques ? -La construction d’une action publique liée à la prise en compte du changement climatique constitue-t-elle un espace de débat au sein duquel se construit localement une perception particulière de la vulnérabilité des territoires et des inégalités écologiques ? Méthode et terrains observés A partir de trois enquêtes de terrain, la recherche s’est efforcée de mettre en évidence quels secteurs d’activités ou quelles politiques publiques -sectorielles ou transversales-, quels programmes d’intervention ou de planification, quels acteurs, organismes et institutions sont mobilisés dans l’intégration et la déclinaison locale des enjeux liés à l’adaptation au changement climatique. Le choix des situations locales faisant l’objet d’une étude de terrain approfondie s’est effectué sur la base d’un croisement entre : -le recensement des principaux risques, directement et indirectement liés au changement climatique, notamment en fonction de différents milieux géographiques, -le recensement des espaces particulièrement exposés à ces risques, -et le recensement de projets existants, ou a minima, de réactions locales face à ces modifications de la nature et/ou de l’intensité des risques menaçants le territoire. Trois territoires ont fait l’objet d’une investigation, restituée sous forme de monographies distinctes : -un territoire en zone de montagne : la commune de Villard-de-Lans -un territoire en zone littorale : l’île de Ré -un territoire en milieu urbain : la Communauté urbaine du Grand Lyon C’est à partir de l’attention portée à l’appréhension de l’enjeu climatique par les acteurs locaux, et de la formulation d’éventuelles réponses, que se dessinent des variables intéressantes. Cette démarche conduit à mettre de côté une lecture quantitative qui reposerait sur des effets mesurables et objectivables, au profit d’une lecture privilégiant les processus locaux d’interprétation et de définition de la question « climat ». Une approche par les capacités d’actions des territoires (moyens d’action, de veille, d’anticipation, de mesures etc.) est apparue pertinente pour appréhender les possibilités d’adaptation des territoires, les capacités d’intégration des « risques climatiques » dans les politiques locales. Principaux résultats En dépit d’une incitation de l’Etat central à s’adapter au changement climatique (concrétisé notamment par l’adoption d’une Stratégie nationale d’adaptation en 2007), c’est aux collectivités locales qu’il revient d’élaborer des stratégies d’anticipation et/ou de réaction face aux effets annoncés ou avérés du changement climatique, hors de toute obligation réglementaire. Le changement climatique conduit à une refonte de l’appréhension des vulnérabilités, selon des dynamiques très différentes selon qu’il est mobilisé a priori (Grand Lyon), ou associé à d’autres facteurs de vulnérabilité (Ile de Ré, Villard-de-Lans). On constate une variété des événements déclencheurs d’une prise de conscience, des lieux et formes des « arènes de débats » de la vulnérabilité, des réponses apportées, et du caractère explicite ou non de l’inscription de l’adaptation à l’agenda local. La recherche a mis en évidence la diversité des entrées par lesquelles s’effectue la révélation de la vulnérabilité du territoire au « risque climatique » : - Au Grand Lyon, l’enjeu climatique est introduit par une entrée institutionnelle et formalisé dans le cadre d’un politique publique dédiée (un Plan climat territorial), nourrie par la production d’expertise explicitement rattachée au changement climatique. - A Villard-de-Lans, c’est par le biais de la publicisation de projets d’aménagement touristique, qui met en débat les orientations quant au devenir du territoire, que l’enjeu climatique est mobilisé. C’est la lecture de la vulnérabilité territoriale (exprimée selon des enjeux économiques, écologiques, sociaux) qui est alors controversée. - A l’Ile de Ré, le changement climatique est très peu mobilisé, dans les discours comme dans l’action, si ce n’est par le biais de la gestion des risques d’érosion et de submersion. La question des inégalités est abordée en termes d’inégalités territoriales, lesquelles se déclinent en termes d’impacts, de capacité de réponse, ainsi qu’à travers les mécanismes de solidarités territoriales à l’œuvre. Or, le changement climatique opère comme un facteur aggravant des inégalités territoriales. Souvent évoquées à l’échelle internationale (entre pays du Nord et pays du Sud), on retrouve ces disparités à l’échelle infra-nationale entre territoires « dynamiques », en capacité d’anticipation, et territoires en prise à des difficultés, agissant de manière réactive. Pour les territoires en prise avec un « risque climatique », il s’agit plus que jamais de décider en situation d’incertitude, à la fois « globale » et « locale », tout en arrivant à concilier des temporalités éloignées (entre le court et moyen terme de l’action et de la décision et le long terme de l’environnement et de la société). C’est donc ici ni plus ni moins le défi d’une mise en œuvre effective des grands principes du développement durable dans l’action des territoires (équité intra et intergénérationnelle, ouverture au temps long, inscription local/global, réversibilité…) qui se retrouve posé avec acuité et urgence par la problématique du changement climatique.
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Rapport
[Rapport de recherche] UMR CITERES; Université François Rabelais - Tours; programme « Politiques territoriales et développement durable » (D2RT). 2007, pp.125
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Contributeur : François Bertrand <>
Soumis le : jeudi 9 mars 2017 - 15:49:57
Dernière modification le : dimanche 15 octobre 2017 - 22:44:11
Document(s) archivé(s) le : samedi 10 juin 2017 - 14:47:24

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François Bertrand, Laurence Rocher, Patrice Melé. Le changement climatique, révélateur des vulnérabilités territoriales ? : Action publique locale et perceptions des inégalités écologiques. [Rapport de recherche] UMR CITERES; Université François Rabelais - Tours; programme « Politiques territoriales et développement durable » (D2RT). 2007, pp.125. 〈hal-01486018〉

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